Le "Cheval
rouge"
Des Treize au « Cheval rouge » |
Le témoignage du « cheval » Gozlan | Le
témoignage du « cheval » Gautier | Le
mystère du « Cheval rouge » demeure…
Le
témoignage du "cheval" Gautier
Théophile Gautier, dans son étude
sur Balzac, raconte également, sur le mode
humoristique, l'histoire de la société du " Cheval
rouge ". Il en rappelle le principe : " une
certain nombre d'amis devaient se prêter aide
et secours en toute occasion, et travailler selon
leurs forces au succès ou à la fortune
de celui qui serait désigné - à charge
de revanche, bien entendu 32".
Gautier décrit le mystère dont Balzac
entoure la société et les mises en
scène auxquelles il s'adonne. Qu'il rende
compte de faits réels ou non, ce témoignage
renforce l'image d'un Balzac fantasque, excentrique,
cultivant le secret et le mystère autour de
sa personne :
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Gautier par Roubaud. © PMVP |
" [
] Balzac élu par acclamation grand
maître de l'Ordre, envoyait par un affidé à chaque
cheval (c'était le nom argotique que prenaient les
membre entre eux) une lettre dans laquelle était
dessiné un petit cheval rouge avec ces mots : " Ecurie,
tel jour, tel endroit " ; le lieu changeait chaque
fois, de peur d'éveiller la curiosité ou
le soupçon. Dans le monde, quoique nous nous connussions
tous et de longue main pour la plupart, nous devions éviter
de nous parler ou de nous aborder que froidement pour écarter
toute idée de connivence. Souvent, au milieu d'un
salon, Balzac feignait de me rencontrer pour la première
fois, et par des clins d'yeux et des grimaces comme en
font les acteurs dans leurs apartés, m'avertissait
de sa finesse et semblait me dire : Regardez comme je joue
bien mon jeu 33! "
Le but du " Cheval rouge " était d'accéder
aux plus hautes distinctions littéraires et sociales
:
" On devait s'emparer des journaux, envahir les théâtres,
s'asseoir dans les fauteuils de l'Académie, se former
des brochettes de décorations, et finir modestement
pair de France, ministre et millionnaire [
] Toute
la bande devait pousser, vanter, prôner, par des
articles, des réclames et des conversations, celui
des membres qui venait de faire paraître un livre
ou jouer un drame. Quiconque s'était montré hostile à l'un
des chevaux s'attirait les ruades de toute l'écurie
; le Cheval rouge ne pardonnait pas : le coupable devenait
passible d'éreintements, de scies, de coups d'épingle,
de rengaines et autres moyens de désespérer
un homme, bien connu des petits journaux 34".
Les membres de la société devaient se soutenir
dans la presse et dans le monde. Malheureusement, selon
Gautier, cette association pris fin rapidement :
" Après quatre ou cinq réunions, le
Cheval rouge cessa d'exister, la plupart des chevaux n'avaient
pas de quoi payer leur avoine à la mangeoire symbolique
; et l'association qui devait s'emparer de tout fut dissoute,
parce que ses membres manquaient souvent des quinze francs,
prix de l'écot 35".
Théophile Gautier, qui semble marqué par
cette histoire, parlera à d'autres reprises de la
société du " Cheval rouge ". Dans
des lettres à Eugène Guinot et à Louis
Desnoyers, deux anciens membres de la société secrète
supposée, Gautier s'exclame : " par la queue
de défunt le Cheval rouge " ! Dans ses Portraits
contemporains, Gautier rend hommage à Léon
Gozlan, et il fait à nouveau référence à l'ordre
du " Cheval rouge " :
" Ce qu'il y a de sûr, c'est que nous ne reverrons
plus l'homme que nous avons coudoyé pendant trente
ans, avec qui nous étions en sympathie d'idées,
que nous rencontrions au foyer des théâtres,
aux réunions et aux dîners intimes, et qui
faisait partie de l'ordre du Cheval Rouge, institué par
Balzac pour réaliser dans la vie les merveilles
de l'association des Treize. Depuis la fondation de l'ordre,
sans compter Balzac, le grand maître, ce qu'il est
mort de simples Chevaux rouges, nous n'osons le dire. Le
banquet réunirait à peine trois ou quatre
personnes 37".
***
NOTES :
32 Théophile
Gautier, Honoré de Balzac, édition
revue et augmentée, Paris, Poulet-Malassis et
de Broise, 1859, p.90.
33 Ibid.,
p. 92-93.
34 Ibid.,
p. 93-94.
35 Ibid.,
p. 96.
36 Théophile
Gautier, Correspondance générale,
par Claudine Lacoste-Veysseyre, sous la direction de
Pierre Laubriet, Genève-Paris,
Librairie DROZ, 1985, 12 tomes. Lettre à Eugène
Guinot du 29 juin 1841, tome I, p. 253. Lettre à Louis Desnoyers, vers
1847, tome III, p. 291.
37 Théophile Gautier,
Portraits contemporains, « Léon Gozlan »,
Paris, Charpentier et Cie, Libraires-éditeurs, 1874, p. 149-150.
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