Introduction

Balzac : son oeuvre, sa vie et les mythes

Présentation du dossier

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1- Les Ananas des Jardies
 

2- Le « Cheval rouge »

Des Treize au « Cheval rouge »

Le témoignage du « cheval » Gozlan

Le témoignage du « cheval » Gautier

Le mystère du « Cheval rouge » demeure…

DOC : La société des Treize entre réel et fiction
 

3- A Passy : mots de passe, escalier dérobé et trappe

4- Les poupées aide-mémoire

5- La canne aux turquoises : un mythe ?

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Conclusion

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Bibliographie

Annexes

 

 

 

 

 


 

 

 

 

Le "Cheval rouge"

Des Treize au « Cheval rouge » | Le témoignage du « cheval » Gozlan | Le témoignage du « cheval » Gautier | Le mystère du « Cheval rouge » demeure…

 

Le témoignage du "cheval" Gautier

Théophile Gautier, dans son étude sur Balzac, raconte également, sur le mode humoristique, l'histoire de la société du " Cheval rouge ". Il en rappelle le principe : " une certain nombre d'amis devaient se prêter aide et secours en toute occasion, et travailler selon leurs forces au succès ou à la fortune de celui qui serait désigné - à charge de revanche, bien entendu 32".

Gautier décrit le mystère dont Balzac entoure la société et les mises en scène auxquelles il s'adonne. Qu'il rende compte de faits réels ou non, ce témoignage renforce l'image d'un Balzac fantasque, excentrique, cultivant le secret et le mystère autour de sa personne :

Gautier par Roubaud
Gautier par Roubaud. © PMVP

" […] Balzac élu par acclamation grand maître de l'Ordre, envoyait par un affidé à chaque cheval (c'était le nom argotique que prenaient les membre entre eux) une lettre dans laquelle était dessiné un petit cheval rouge avec ces mots : " Ecurie, tel jour, tel endroit " ; le lieu changeait chaque fois, de peur d'éveiller la curiosité ou le soupçon. Dans le monde, quoique nous nous connussions tous et de longue main pour la plupart, nous devions éviter de nous parler ou de nous aborder que froidement pour écarter toute idée de connivence. Souvent, au milieu d'un salon, Balzac feignait de me rencontrer pour la première fois, et par des clins d'yeux et des grimaces comme en font les acteurs dans leurs apartés, m'avertissait de sa finesse et semblait me dire : Regardez comme je joue bien mon jeu 33! "

Le but du " Cheval rouge " était d'accéder aux plus hautes distinctions littéraires et sociales :

" On devait s'emparer des journaux, envahir les théâtres, s'asseoir dans les fauteuils de l'Académie, se former des brochettes de décorations, et finir modestement pair de France, ministre et millionnaire […] Toute la bande devait pousser, vanter, prôner, par des articles, des réclames et des conversations, celui des membres qui venait de faire paraître un livre ou jouer un drame. Quiconque s'était montré hostile à l'un des chevaux s'attirait les ruades de toute l'écurie ; le Cheval rouge ne pardonnait pas : le coupable devenait passible d'éreintements, de scies, de coups d'épingle, de rengaines et autres moyens de désespérer un homme, bien connu des petits journaux 34".

Les membres de la société devaient se soutenir dans la presse et dans le monde. Malheureusement, selon Gautier, cette association pris fin rapidement :

" Après quatre ou cinq réunions, le Cheval rouge cessa d'exister, la plupart des chevaux n'avaient pas de quoi payer leur avoine à la mangeoire symbolique ; et l'association qui devait s'emparer de tout fut dissoute, parce que ses membres manquaient souvent des quinze francs, prix de l'écot 35".

Théophile Gautier, qui semble marqué par cette histoire, parlera à d'autres reprises de la société du " Cheval rouge ". Dans des lettres à Eugène Guinot et à Louis Desnoyers, deux anciens membres de la société secrète supposée, Gautier s'exclame : " par la queue de défunt le Cheval rouge " ! Dans ses Portraits contemporains, Gautier rend hommage à Léon Gozlan, et il fait à nouveau référence à l'ordre du " Cheval rouge " :

" Ce qu'il y a de sûr, c'est que nous ne reverrons plus l'homme que nous avons coudoyé pendant trente ans, avec qui nous étions en sympathie d'idées, que nous rencontrions au foyer des théâtres, aux réunions et aux dîners intimes, et qui faisait partie de l'ordre du Cheval Rouge, institué par Balzac pour réaliser dans la vie les merveilles de l'association des Treize. Depuis la fondation de l'ordre, sans compter Balzac, le grand maître, ce qu'il est mort de simples Chevaux rouges, nous n'osons le dire. Le banquet réunirait à peine trois ou quatre personnes 37".

 

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NOTES :

32 Théophile Gautier, Honoré de Balzac, édition revue et augmentée, Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1859, p.90.

33 Ibid., p. 92-93.

34 Ibid., p. 93-94.

35 Ibid., p. 96.

36 Théophile Gautier, Correspondance générale, par Claudine Lacoste-Veysseyre, sous la direction de Pierre Laubriet, Genève-Paris, Librairie DROZ, 1985, 12 tomes. Lettre à Eugène Guinot du 29 juin 1841, tome I, p. 253. Lettre à Louis Desnoyers, vers 1847, tome III, p. 291.

37 Théophile Gautier, Portraits contemporains, « Léon Gozlan », Paris, Charpentier et Cie, Libraires-éditeurs, 1874, p. 149-150.