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Août 1944 : Paris insurgé


 
   
     
 

Vers L'insurrection / Les insurgés / Les combats de la libération


 
     
 

 

 

 
 

 

     
Les Grèves
 
 


 
 

Cheminots en grève du dépôt des Batignolles. [Musée de la Résistance nationale de Champigny]

Appel à la grève [Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin]

 

 

Le Comité parisien de Libération, comité de ville et de département mis sur pied en septembre 1943, en particulier ses président et vice-président André Tollet et André Carrel, estiment le moment propice au déclenchement des grèves ouvrières pour arriver progressivement à la grève générale insurrectionnelle.


Les manifestations du 14 juillet qui ont connu une grande ampleur, les encouragent dans cette voie d’autant que les policiers n’ont pas réagi. La mobilisation ne s’est pas relâchée. Le 10 août, après une manifestation de près de 1 000 personnes à Villeneuve-St-Georges, l'Union départementale de la CGT juge le climat favorable au déclenchement de la grève des cheminots en région parisienne. Le mot d’ordre de la grève est patriotique "Que la Grève générale devienne effective, mort aux boches et aux traîtres, les Alliés doivent entrer dans un Paris Libéré". A vitry, Ivry, Montrouge, la population soutient les grèvistes. Le CPL qui joue un rôle déterminant décide de généraliser les grèves en les étendant à d'autres corporations.
Le 13 août, 3000 agents de la Compagnie du Métropolitain se mettent en grève.

Le 15 août, les policiers se mettent en grève à l’instigation du Front national, bientôt rejoint par les autres mouvements de résistance au sein de la police, Police et Patrie, et Honneur de la police, au motif que les Allemands ont désarmé les policiers d'Asnières et de Saint-Denis. Pour empêcher la généralisation de la mesure, la préfecture de police donne l’ordre à tous les gardiens de quitter armes et uniformes pour éviter d’être arrêtés ; les policiers ne se montrent plus dans les rues. Rol-Tanguy mesure l’impact pyschologique d’une telle mesure. La cessation des tâches de répression des policiers pour le compte des Allemands apporte soulagement et réconfort aux Résistants. Rol lance un appel à toutes les forces de l'ordre, leur enjoignant de se ranger aux côtés des FFI. Il leur demande également d’aider « les FFI à abattre tous ceux qui continueraient à servir l’ennemi ». L’appel est entendu puisque le lendemain, 15 000 policiers sont en grève. Le même jour, la grève chez les cheminots est suivie à 60 %. Le 17, dans un Paris vide de policiers auquel s’ajoute le départ du gouvernement en fin de soirée, le mouvement insurrectionnel est prêt à se développer selon sa propre logique. Le matin même 1 500 fonctionnaires manifestent devant l’Hôtel de Ville scande leurs revendications en chantant la Marseillaise.
Les postiers puis les infirmiers suivent le mouvement de grève le 18 août. La BBC encourage le mouvement. Le jour même dans l’après-midi, Rol fait apposer les affiches d’appel à la mobilisation et au déclenchement de l’insurrection.

 

Christine Levisse-Touzé in Paris libéré, Paris retrouvé, Gallimard Découvertes, 1994, réédition 2004.
Adrien Dansette, Histoire de la Libération de Paris, Fayard, 1947, Henri Michel, La Libération de Paris, collection La Mémoire du siècle, Editions Complexe, 1980. André Carrel, La Libération de Paris, 1994.

 
         

 

 
 
     
Le ravitaillement
 
 


 
 

Extrait du journal Front national du 22 août 1944. [Mémorial leclerc - Musée Jean Moulin]

 

 

 

Le débarquement allié le 6 juin 1944 et les combats en Normandie ont pour conséquence de priver Paris et sa population de ses sources de ravitaillement. C’est une des préoccupations essentielles des Parisiens. Paris a faim. Les étalages se vident : plus de viande, les légumes se font rares Les rations qui sont constamment réduites, ne peuvent même plus être satisfaites ; après des heures d’attente, les ménagères regagnent leur foyer, le panier vide. Les prix au marché noir s’emballent, conséquence de l’avancée du front. En juin et juillet, la ration quotidienne de pain était de 275 grammes pour les adultes, 350 pour les adolescents, 450 pour les travailleurs de force. Mais les boulangeries se vident avant que tous les clients ne soient servis. Au taux officiel, le prix est de 3,75 F le kilo tandis qu’il passe en un mois de 20 à 35 F au marché noir. Autre exemple : le prix du beurre est à 60 F le kilo mais il n’est trouvable qu’au prix de 600 F.
Alors qu’avant guerre Paris recevait 1 200 000 litres de lait par jour, il n’en reçoit plus que 220 000 en juillet 1944. Nourrissons et adultes sont victimes de carences alimentaires. La tuberculose fait des ravages. Le 19 août, jour J de l’insurrection, les stocks de pain dans les boulangeries –seuls magasins ouverts- ne peuvent satisfaire que cinq jours de consommation pour une ration quotidienne ramenée à 200 grammes.
Le charbon n’arrive plus qu’irrégulièrement et insuffisamment. Il n’y a plus de gaz contraignant les ménagères à faire parfois la cuisine sur le trottoir, avec un feu de bois. Les coupures d’électricité sont fréquentes. Pendant la semaine de l’insurrection, l’électricité ne fonctionne qu’une heure le soir entre 21 h et 22 h. L’essence fait défaut et la fréquence des bus est aléatoire. Les trains de banlieue ne circulent que la moitié du temps faute de courant. Les stations de métro subissent le même régime. La bicyclette reste le seul moyen de transport fiable à condition de ne pas crever trop souvent et d’avoir en réserve des boyaux. Paris est affamé à la veille de l’insurrection. Toute activité cesse peu à peu avec le déclenchement des grèves : le 16 août le métro ne marche plus ; le 18 août, les journaux cesse de paraître ; les bureaux de postes et les gares sont fermées
Les souffrances des Parisiens vont galvaniser les énergies, la colère gronde. Les coups de main opérés par les FFI, visent aussi les stocks de ravitaillement de l’occupant.

Christine Levisse-Touzé in Paris libéré, Paris retrouvé, Gallimard Découvertes, 1994, réédition 2004.
Adrien Dansette, Histoire de la Libération de Paris, Fayard, 1947, Henri Michel, La Libération de Paris, collection La Mémoire du siècle, Editions Complexe, 1980.

 
         
 
     
 
 

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Carte de Paris et ses barricades

 

 

 

 

 

Les barricades

 
 


 
 

 

Extrait du journal L'Humanité du 23 août 1944. [Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin]

 

 
Après la rupture de la trêve le 21 août, le colonel Lizé, commandant des FFI du département de la Seine et adjoint du colonel Rol-Tanguy, fait apposer un tract invitant les Parisiens à construire des barricades. Dans la soirée, au carrefour Saint-Michel – Saint-Germain, dans le secteur entre la Seine et le palais du Luxembourg, sont construites les premières barricades.Le 22 août, Rol-Tanguy réitère l’ordre de son adjoint en faisant afficher un ordre pour la défense de la population parisienne et un appel « Tous aux barricades ». Le même jour, la presse de la Résistance, libre de paraître, diffuse des instructions pour les construire.
Près de 600 barricades s’érigent dans Paris. Tous les arrondissements sont concernés. Le centre historique de Paris, l’Est, nord-est et sud-est, sont particulièrement couverts. Parisiens et Parisiennes, tous âges confondus, participent à l’édification des barricades : pavés, grilles, sacs de sable, arbres, chariots, wagonnets sont utilisés comme matériaux. Le Paris de 1789, de 1830, de 1848 et de la Commune resurgit. La carte des barricades du « Paris insurgé » ne reflète pas tout à fait celle des révolutions de 1830 et 1848. Le Paris ouvrier de l’Est et du Nord s’est mobilisé et le Paris des quartiers aisés, les 16e, 7e, 8e s’est aussi investi. Rol-Tanguy qui en surveille la réalisation, utilise les compétences du secrétaire du syndicat des terrassiers. Les barricades doivent empêcher la circulation de l’ennemi. Elles ont eu pour résultant d’obliger les Allemands à rester dans leurs points d’appui. Elles n’ont pas pour objectif de libérer Paris mais de faire participer les Parisiens et Parisiennes à leur propre libération. En cela, elles ont un impact psychologique considérable et leur construction a constitué un temps fort du développement de l’insurrection.


Christine Levisse-Touzé, Paris libéré, Paris retrouvé, Gallimard Découvertes, 1994, réédition 2004.

 
         
 
 

 
     
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