Le Comité parisien de Libération, comité de
ville et de département mis sur pied en septembre 1943,
en particulier ses président et vice-président
André Tollet et André Carrel, estiment le moment
propice au déclenchement des grèves ouvrières
pour arriver progressivement à la grève générale
insurrectionnelle.
Les manifestations du 14 juillet qui ont connu une grande
ampleur, les encouragent dans cette voie d’autant que les policiers
n’ont pas réagi. La mobilisation ne s’est
pas relâchée. Le 10 août, après une
manifestation de près de 1 000 personnes à Villeneuve-St-Georges,
l'Union départementale de la CGT juge le climat favorable
au déclenchement de la grève des cheminots en région
parisienne. Le mot d’ordre de la grève est patriotique "Que
la Grève générale devienne effective, mort
aux boches et aux traîtres, les Alliés doivent entrer
dans un Paris Libéré". A vitry, Ivry, Montrouge,
la population soutient les grèvistes. Le CPL qui joue
un rôle déterminant décide de généraliser
les grèves en les étendant à d'autres corporations.
Le 13 août, 3000 agents de la Compagnie du Métropolitain se
mettent en grève.
Le 15 août, les policiers se mettent en grève à l’instigation
du Front national, bientôt rejoint par les autres mouvements
de résistance au sein de la police, Police et Patrie,
et Honneur de la police, au motif que les Allemands ont désarmé les
policiers d'Asnières et de Saint-Denis.
Pour empêcher la généralisation de la mesure,
la préfecture de police donne l’ordre à tous
les gardiens de quitter armes et uniformes pour éviter
d’être arrêtés ; les policiers ne se
montrent plus dans les rues. Rol-Tanguy mesure l’impact
pyschologique d’une telle mesure. La cessation des tâches
de répression des policiers pour le compte des Allemands
apporte soulagement et réconfort aux Résistants.
Rol lance un appel à toutes les forces de l'ordre, leur
enjoignant de se ranger aux côtés des FFI. Il
leur demande également d’aider « les FFI à abattre
tous ceux qui continueraient à servir l’ennemi ».
L’appel est entendu puisque le lendemain, 15 000 policiers
sont en grève. Le même jour, la grève chez
les cheminots est suivie à 60 %. Le 17, dans un Paris
vide de policiers auquel s’ajoute le départ du gouvernement
en fin de soirée, le mouvement insurrectionnel est prêt à se
développer selon sa propre logique. Le matin même
1 500 fonctionnaires manifestent devant l’Hôtel
de Ville scande leurs revendications en chantant la Marseillaise.
Les postiers puis les infirmiers suivent le mouvement de
grève
le 18 août. La BBC encourage le mouvement. Le jour même
dans l’après-midi, Rol fait apposer les affiches
d’appel à la mobilisation et au déclenchement
de l’insurrection.
Christine Levisse-Touzé in Paris
libéré, Paris retrouvé, Gallimard
Découvertes, 1994, réédition 2004.
Adrien Dansette, Histoire de la Libération
de Paris, Fayard, 1947, Henri Michel, La Libération de
Paris, collection La Mémoire du siècle, Editions
Complexe, 1980. André Carrel, La Libération de
Paris, 1994.