L'appareil d'occupation allemand
se met très vite en place à Paris. Dès
le 15 juin 1944, l'Abwehr, service de renseignements
et de contre-espionnage que dirige l'amiral Canaris, s’installe à l’hôtel
Lutétia. Le Militärbefehlshaber
in Frankreich (MBF), haut-commandement militaire
en France, autorité principale en zone occupée,
siège à l'hôtel
Majestic, avenue Kléber. Il est constitué d’un état-major "militaire" et
d’un état-major de contrôle de l’administration
et de l’activité économique. Au total,
le MBF compte 1 100 employés. La Luftwaffe et
la Kriegsmarine, qui échappent à son
contrôle, sont respectivement installées au
Palais du Luxembourg et au ministère
de la Marine.
Peu à peu, tous les ministères
allemands ont leurs propres services à Paris. Otto
Abetz y est nommé ambassadeur en août 1940.
Il œuvre en liaison avec la police allemande et la Gestapo
et est aussi chargé de saisir les collections d'art
appartenant à des Juifs. Les services de propagande
(Propaganda Abteilung à l'hôtel
Majestic et Propaganda Staffel du "Gross
Paris" au 52
avenue des Champs-Elysées) contrôlent étroitement
la presse, la culture et la littérature dans le but
fixé par Goebbels : anéantir la présence
culturelle de la France en Europe. La lutte idéologique
est menée par Helmut Knochen chargé de combattre
les juifs, chrétiens, communistes et francs-maçons.
Le commandant du "Gross-Paris" dispose, pour le
maintien de l'ordre, d'une division de sécurité et
d'un détachement de blindés.
Avec la montée du péril
résistant, la répression s'accroît. En 1942,
Hitler décide d’installer en France un système
policier identique à celui existant en Allemagne et envoie à Paris
le général SS Carl-Albrecht Oberg, membre du Sicherheitsdienst
(SD), qui aura Knochen pour adjoint. En pratique, l'ensemble
des pouvoirs de police des militaires passe alors sous la direction
de la Schutzstaffel (SS), instaurant le règne
de la terreur. Le contrôle allemand est total sur l’ensemble
des affaires françaises y compris celles de la zone sud
occupée après novembre 1942. En dépit de
tout cela, la Résistance n'est pas absente de la capitale
malgré le traumatisme de la défaite et un attentisme
axé sur la survie.
Christine Levisse-Touzé,
historienne,directeur de recherches associé à l'Université de
Montpellier et directeur du Mémorial du Maréchal
Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris /
Musée Jean Moulin.
Pour en savoir plus :
"Le rôle particulier de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale"
in La Résistance et les Français : Villes, centres et logiques
de décisions, IHTP / CNRS, 1995, sous la direction
de Laurent Douzou, Robert Frank, Denis Peschanski et Dominique
Veillon.