L’exposition « A Corps perdu » présente, à travers une sélection de plus de deux cent cinquante œuvres, un large éventail de la collection d’art brut « abcd » (Art Brut, Connaissance & Diffusion) réunie par Bruno Decharme.

Paris, qui a vu naître l’art brut au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, n’a accueilli d’exposition d’art brut stricto sensu dans l’un de ses musées « officiels » qu’en 1967, date de la présentation de la collection de Dubuffet au Musée des Arts Décoratifs. Si l’on excepte le travail que mène avec persévérance la HalleSaint-Pierre, dont le champ d’exploration va de l’art populaire à l’art singulier en passant par l’art brut, rares sont à Paris les manifestations exclusivement consacrées à l’art brut depuis près de trente ans. Il a donc semblé à la fois utile et opportun de répondre à la proposition de la collection abcd et de permettre ainsi au public parisien de se confronter à ces œuvres si particulières.

Sans doute est-il aujourd’hui difficile de démêler les différentes appellations qui se sont succédées autour de la catégorie « inventée » par Dubuffet. « Art brut », « Art singulier », ou le terme anglais d’ « Outsider art », recoupent des notions en réalité très différentes. Sous la pression du marché notamment, on assiste en effet depuis quelques années à une vague d’expositions qui se revendiquent de l’art brut et ne sont pour la majorité d’entre elles que l’occasion pour des artistes « professionnels » de trouver à s’exposer, pour des galeries ou autres « foires » d’utiliser le label créé par Dubuffet pour créer événements et profits.
La collection abcd, au contraire, cherche à revenir à l’authenticité du concept et s’est constituée en prenant appui sur les principes et les acquis de la collection de Dubuffet. Elle en reprend donc, à peu près dans les mêmes proportions, les principales catégories – œuvres médiumniques, œuvres réalisées par des personnes internées dans des hôpitaux psychiatriques et œuvres d’artistes solitaires – mais en restant fidèle à une conception stricte de l’art brut, dont la meilleure définition serait celle de Michel Thévoz : « [L’art brut est de] l’art pratiqué par des personnes qui, pour une raison ou pour une autre, ont échappé au conditionnement culturel et au conformisme social : solitaires, inadaptés, pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques, détenus, marginaux de toutes sortes. Ces auteurs, insoucieux ou ignorants de toute tradition ou de tout mode artistique, ont produit pour eux-mêmes, sans se préoccuper de la critique du public, ni du regard d’autrui en général, des œuvres hautement originales par tous leurs aspects. » (Michel Thévoz, La Collection d’art brut, plaquette de la Collection d’Art brut, Lausanne, 1976.)

Commissariat :
Bruno Decharme, Cinéaste, Collectionneur, fondateur de l'association "abcd"
Vincent Gille, Chargé de mission au Pavillon des Arts

Direction du musée :
Béatrice Riottot El-Habib, Conservateur en chef du Patrimoine