|
Notice établie par
Claire Scamaroni. |
|
Surnuméraire :
se dit d'employés de grade inférieur, non titularisés
Expéditionnaire :
commis qui fait l'expédition, la copie des actes administratifs, etc… |
|
Physiologie :
Littér. Etude d'un caractère considéré comme
type, d'un état spécial et
caractéristique : La physiologie de l'avocat.
La physiologie du mariage.
Grand Dictionnaire universel par Pierre
Larousse, t. 12, 1874. |
|
les Scènes d'Henry Monnier :
Ce sont autant de situations de la vie
quotidienne où interviennent différents
personnages pris comme types populaires (la
portière, la garde-malade, M. Prudhomme...).
Pour chacun d'entre-eux, Monnier puise dans le
réel et retranscrit avec précision des
comportements et des expressions verbales.
Au départ, ses scènes étaient destinées à
être lues devant un public restreint, au cours
de soirées privées. Par la suite, fort du
succès qu'il remporte auprès de ses hôtes et
amis, Monnier entreprend de les jouer au
théâtre. |
|
Ecrivain, acteur, dessinateur, lithographe.
Né le 7 juin 1799 à Paris.
Mort le 3 juin 1877 à Paris.
Henry Monnier naît le 7 juin 1799 de parents modestes et patriotes. Son père, décoré de la Légion d'honneur, était surnuméraire à l'administration des finances et commandant
dans la Garde nationale.
Après des études au lycée Bonaparte suivies par un court stage dans une étude de notaire, Henry Monnier entre à son tour dans l'administration comme expéditionnaire dans un bureau de la Chancellerie (1816-1821).
Parallèlement (1819-1821), il fréquente l'atelier du peintre d'histoire Anne-Louis Girodet-Trioson puis celui d'Antoine-Jean Gros où il rencontre les jeunes artistes Richard Parkes Bonington, Nicolas Toussaint Charlet et Eugène Lami, dessinateurs, aquarellistes et lithographes. Doué pour les farces et les calembours, il réjouit ses camarades d'atelier, mais pas son maître qui le renvoie.
Durant les cinq années qui suivent, il est installé à Londres (un voyage attesté en 1825, un premier départ probable dès 1822). Il fréquente assidûment les théâtres de la capitale et se lie d'amitié avec George Cruikshank, célèbre caricaturiste anglais. Il s'essaie aux techniques de la
lithographie au crayon* et
à la
plume*, colorée ensuite par aplats, et publie ses premières séries
(Postillons et Cochers, lithographies au crayon ;
Exploitation générale des modes et ridicules de Paris et de
Londres, lithographies à la plume, 1825). Eugène Lami,
son ami d'atelier, le rejoint en 1826 et tous deux travaillent à un album intitulé
Voyage en Angleterre, vingt-huit lithographies éditées en 1829.
De retour en France en 1827, il rencontre les artistes, écrivains et journalistes de la génération romantique : Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Stendhal, Eugène Sue, Prosper Mérimée, Eugène Scribe, Eugène Delacroix, Louis Boulanger, Célestin Nanteuil… et fait la connaissance d'Honoré de Balzac vers 1828, par l'intermédiaire de Henri de Latouche, journaliste, poète et critique littéraire. Recherché pour son sens de l'humour,
Monnier est très prisé dans les salons et les soirées où il improvise des saynètes.
En l'espace de quelques années (1827-1832), il multiplie les albums de lithographies aquarellées, croquant les mœurs et physionomies de ses contemporains, de la grisette
(Les Grisettes, leurs mœurs, leurs habitudes, 1827) à l'employé de bureau
(Mœurs administratives, 1828). Il signe aussi quelques
illustrations gravées sur bois*
pour la page de titre de romans
(Le Rouge et le Noir, par Stendhal, 1831 ; Le Médecin de
campagne, par Honoré de Balzac, 1833). Il dessine enfin plusieurs
vignettes* et
frontispices* lithographiés pour des physiologies
(Physiologie du goût par Brillat-Savarin, 1829),
des codes (la série des " Arts ", par Emile Marco de Saint-Hilaire, 1827-1828),
des manuels (Manuel de l'employé de toute classe et de tout
grade, par MM. L*** et R***, employés des Postes, 1829)
et pour des ouvrages satiriques
(Scènes contemporaines laissées par Feue Madame la vicomtesse de
Chamilly, 1828), autant de livres imprimés -pour la plupart d'entre
eux- par Balzac.
Comme ce dernier, il collabore activement au lancement de
La Silhouette et de La Caricature avec Charles Philipon. Il fournit non seulement des planches
(Songe drolatique, lithographie pour le premier volume de
La Silhouette, 1829 ; Une Victime de l'ancien
système, planche du premier numéro de La
Caricature, 1830) mais aussi des articles publiés sous pseudonymes, notamment pour la rubrique " Charges " de
La Caricature. Il travaille également pour d'autres journaux comme
Le Voleur d'Emile de Girardin (dessin pour la vignette de
titre, 1828) et
Le Charivari de Charles Philipon.
Le début des années 1830 est enfin marqué par la publication des
Scènes populaires dessinées à la plume où apparaît un personnage désormais célèbre : M. Prudhomme, " Professeur d'écriture, Elève de Brard et Saint-Omer, Expert assermenté pour les Cours et les Tribunaux ". Cet homme de cinquante-cinq ans, " pudique ", " aux belles manières ", devient le type même du bourgeois dont il incarne les aspirations et les ridicules.
Après le vif succès que Monnier remporte au théâtre dans
La Famille improvisée par Dupeuty, Duvert et Brazier (le Théâtre du Vaudeville, 1831),
l'artiste interprète ses propres scènes : M. Prudhomme mais aussi la Portière,
la Garde-malades et d'autres types*
sont portés sur les planches, en province, en Belgique et en Hollande.
De retour à Paris à la fin des années 1830, il publie des
chroniques et récits de voyages illustrés dans divers journaux
(Impressions d'une tournée en Hollande, dans L'Illustration,
1845) ainsi que des feuilletons (Les Diseurs de rien pour Le Siècle,
1854) et des articles pour
La France administrative, Le Figaro, le Musée des
familles, Le Charivari, L'Almanach
comique, L'Almanach pour rire. Il dessine de nouveaux albums de lithographies aquarellées
(Les Gens sans façon, 1840 ; Nos contemporains, 1845-1846) ainsi que des vignettes pour les physiologies parisiennes de l'éditeur Aubert
(Physiologie du célibataire et de la vieille fille par Couailhac ;
Physiologie du bourgeois dont il est lui même l'auteur, 1841).
Surtout, il collabore activement à de nombreux ouvrages
collectifs abondamment illustrés :
Le Museum parisien par Louis Huart (1840), Les Français peints par eux-mêmes sous la direction de l'éditeur Curmer (1839-1842) ou encore
la Physiologie des Industriels, Métiers et professions de France par Emile Girault de la Bédollière (1842). C'est à cette période qu'il participe à l'illustration de
La Comédie humaine (1842-1846).
A partir des années 1850, Henry Monnier se consacre essentiellement à l'écriture et au théâtre. Il interprète plusieurs de ses vaudevilles à Paris et en
province :
Grandeur et Décadence de Joseph Prudhomme (Odéon, 1852) ;
Peintres et Bourgeois (Odéon, 1855) ; Le Roman chez la portière et
Le Bonheur de vivre aux champs (Palais Royal, 1855) ;
Monsieur Prudhomme, chef des brigands (Théâtre des Variétés,
1855). Il publie également
les Mémoires de Joseph Prudhomme en 1857, ainsi que
Les Bas-fonds de la société en 1862, sans grand succès.
De ses dernières années datent plusieurs dessins au crayon, à la mine de plomb, à la plume et à l'aquarelle : des scènes de mœurs
(Les Diseurs de rien, série d'aquarelles, 1866-1877 ;
Les Solliciteurs, aquarelle, 1873), plusieurs portraits d'acteurs,
des autoportraits
(Henry Monnier dans le rôle de la Portière,
1867) et des figures de M. Prudhomme
(M. Prudhomme avec la légende " Le Char de l'Etat navigue sur un volcan ",
1872).
De nouvelles éditions des Scènes populaires, abondamment illustrées, sont également publiées (soixante-neuf bois pour l'édition Dentu de 1864 ; près de cent-vingt pour le même éditeur en 1879).
Henry Monnier meurt à Paris le 3 juin 1877.
|