Introduction

Balzac : son oeuvre, sa vie et les mythes

Présentation du dossier

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1- Les Ananas des Jardies

2- Le « Cheval rouge »
 

3- A Passy : mots de passe, escalier dérobé et trappe

4- Les poupées aide-mémoire
 

5- La canne aux turquoises : un mythe ?

Une canne de dandy…

Mésaventures d’une « canne fée »

Un mystérieux pommeau creux

DOC : Les trésors cachés du pommeau de la canne aux turquoises

Un objet symbolique au statut ambigu

DOC : Une nouvelle de Guillaume Apollinaire : La Disparition d’Honoré Subrac

 

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Conclusion

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Bibliographie

Annexes

 

 

 

 

 


 

 

 

 

La canne aux turquoises : un mythe ?

Une canne de dandy | Mésaventures d'une "canne fée" | Un mystérieux pommeau creux | Un objet symbolique au statut ambigu

 

" Pourquoi la canne de Balzac ?
Parce que certains compagnonnages, d'un point de vue littéraire, portent sens, et qu'il n'est sans doute pas indifférent qu'à partir de 1834, Balzac et sa canne forment un couple aussi inséparable que Flaubert et son perroquet, Nietzsche et son parapluie, le Chevalier de Valois et sa tabatière, ou encore la moule et son rocher ".

Lucien Dällenbach, La Canne de Balzac, Ed. José Corti, 1996, p. 9.

 

Une canne de dandy

A la suite de ses premiers succès (La Physiologie du mariage en 1830, et La Peau de chagrin en 1831), Balzac commence à aller dans le monde. Il partage avec les " lions " une loge à l'Opéra. Il fréquente les cafés chics des boulevards. Il cherche à s'habiller avec élégance, à devenir un dandy. Il passe des commandes importantes au tailleur Buisson (qu'il citera dans ses œuvres faute de pouvoir le payer) ; il achète quantité de gants " beurre frais ", des boutons d'or ciselé.

Canne de Balzac dite "canne aux turquoises",
                          par Lecointe, 1834
Canne de Balzac dite "canne aux turquoises", par Lecointe, 1834.
© cliché Joffre

" C'est à cette époque que se rapportent ses velléités d'élégance et de dandysme, le fameux habit bleu à boutons d'or massif, la massue à pommeau de turquoises, les apparitions aux Bouffes et à l'Opéra, et les visites plus fréquentes dans le monde, où sa verve étincelante le faisait rechercher, visites utiles d'ailleurs, car il y rencontra plus d'un modèle 81".

Et en 1834, il commande au joaillier Le Cointe un pommeau de canne d'une valeur de 700 francs. En guise de comparaison, rappelons que le loyer annuel de la maison de Passy était de 650 francs. Ce pommeau, creux - il s'ouvre grâce à une charnière - est en or, gravé aux armes (usurpées) des Balzac d'Entragues. Il est orné de turquoises provenant, tout comme la dragonne, d'un collier de jeune fille de Mme Hanska. Cette canne bijou allie richesse (le pommeau) et mauvais goût (le jonc est trop épais et trop long). Au lieu d'une canne de dandy, voilà Balzac affublé d'une " canne monstre 82", d'un " bâton de maréchal littéraire 83", d'une " massue 84" qui fait jaser tout Paris, et si l'on en croit l'auteur de La Comédie humaine dans une lettre de 1835 à Mme Hanska, toute l'Europe :

" Vous ne sauriez imaginer quel succès a eu ce bijou qui menace d'être européen. Borget qui est revenu d'Italie et qui ne disait pas être mon ami, me contait en riant qu'il en avait entendu parler à Naples et à Rome. Tout le dandysme de Paris en a été jaloux, et les petits journaux en ont été défrayés pendant 6 mois. Pardonnez-moi de vous parler de ceci, mais il paraît que ce sera matière à biographie. Et si l'on vous disait dans vos voyages que j'ai une canne-fée qui lance des chevaux, fait éclore des palais, crache des diamants, ne vous étonnez pas et riez avec moi. Jamais la queue du chien d'Alcibiade n'a été si remueuse. J'ai encore trois ou quatre queues comme celle-là à couper pour les parisiens 85".

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NOTES :

81 Théophile Gautier, Honoré de Balzac, op. cit., p. 81.

82 Delphine de Girardin, La Canne de M. de Balzac [1836], Paris, Calman Lévy éditeur, 1879, p. 64.

83 Edmond Werdet, Balzac, sa vie, son humeur et son caractère, Paris, chez A. Sylvestre éditeur, 1859, p. 303.

84 Théophile Gautier, Honoré de Balzac, op. cit., p. 81.

85 Honoré de Balzac, Lettres à Madame Hanska, édition établie par Roger Pierrot, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1990, 2 volumes (1832-1844 ; 1845-1850). Lettre du lundi 30 mars 1835, p. 241, vol. 1.