La maison vue par...

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La maison vue par Théophile
Gautier |
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Théophile Gautier et
Honoré de Balzac étaient de très bons amis.
Les deux hommes se rencontrent en 1835 à l'occasion du rachat par
Balzac de La Chronique de Paris, journal politique
et littéraire. Gautier vient de publier un roman, Mademoiselle de
Maupin, et
Balzac souhaite sa collaboration. Le bihebdomadaire ne paraît que
quelques mois mais les deux hommes travaillent ensemble en d'autres
occasions : Gautier écrit notamment un poème, La Tulipe,
que Balzac insère dans son roman Les Illusions perdues.
Alors que Balzac se présente à l'Académie française sans
plus de succès qu'auparavant, Gautier écrit un article dans La Presse en
janvier 1850 pour dénoncer cette injustice, témoignant par là
même d'une admiration constante pour son ami, décédé en août de
cette même année.
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"Balzac avait
quitté la rue des Batailles pour les Jardies ; il alla ensuite demeurer
à Passy. La maison qu'il habitait, située sur une pente abrupte,
offrait une disposition architecturale assez singulière. - On y entrait
Un peu comme le vin entre dans les
bouteilles.
Il fallait descendre trois étages pour arriver au premier. La
porte d'entrée, du côté de la rue, s'ouvrait presque dans le toit,
comme une mansarde.
[...] Vers cette époque, Balzac commença à
manifester du goût pour les vieux meubles, les bahuts, les potiches ;
le moindre morceau de bois vermoulu qu'il achetait rue de Lappe avait
toujours une provenance illustre, et il faisait des généalogies
circonstanciées à ses moindres bibelots. - Il les cachait çà et là,
toujours à cause de ces créanciers fantastiques dont nous commencions
à douter. Nous nous amusâmes même à répandre le bruit que Balzac
était millionnaire, qu'il achetait de vieux bas aux négociants en
hannetons pour y serrer des onces, des quadruples, des génovines, des
cruzades, des colonnates, des doubles louis, à la façon du père
Grandet ; nous disions partout qu'il avait trois citernes, comme
Aboulcassem, remplies jusqu'au bord d'escarboucles, de dinars et de
tomans."
Gautier (Théophile),
Ecrivains
et artistes romantiques, Plon, 1933 (Les Maîtres de l'histoire), p.
141, 144-145
"Maintenant, parlons de cette
maison de Passy, dont les splendeurs intérieures avaient succédé aux
merveilles visibles de sa maison de Sèvres.
L'une était exactement l'antipode de l'autre. La première
avait manqué quelque temps d'escalier ; - la seconde en avait trois étages.
Seulement, il fallait descendre. On se présentait à une
petite porte de la rue qui côtoie les hauteurs de Passy, donnant de loin sur la
plaine de Grenelle, l'île des Cygnes et le Champ-de-Mars.
Pas de maison devant soi. - Un mur, une porte verte et une
sonnette.
Le concierge ouvrait, et l'on se trouvait sur le palier du
premier étage, - en descendant du ciel.
Au second étage, on rencontrait la loge, - le concierge
disait : il y a encore deux étages, - en descendant. - Heureusement,
cette maison inverse n'avait pas d'entresol.
Au dernier étage, on se trouvait dans une cour. Deux bustes
en terre cuite indiquaient au fond la demeure du romancier. Une fois la porte
ouverte, une odeur délicieuse flattait l'odorat de l'homme de goût, - comme
cette odeur des pommes vertes dont il est question dans le livre de Salomon.
C'était un office où sur des tablettes soigneusement
dressées on admirait toutes les variétés possibles de poires de Saint-Germain
qu'il est possible de se procurer.
Balzac, avec son sourire rabelaisien, drapé de sa robe de
chambre en cachemire, vous recevait ensuite, et vous arrêtait quelque temps à
une appréciation savante des diverses qualités de ses poires. - Il en avait
pour quelques centaines de francs et regrettait quelques variétés rares,
accaparées par le duc d'Ayen et le duc de Luynes. - Un jardinier de Harlem
n'eût pas eu pour ses tulipes plus d'amour que Balzac pour ces simples
variétés de poires."
Gérard de Nerval, Oeuvres complètes,
La Pléiade, tome II, p. 1233 -1234
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