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LAGE DOR DE LA CERAMIQUE CHINOISE 4 mars - 27 juin 1999
Préface de Gilles Béguin, Conservateur général du musée Cernuchi Au fil des expositions, la conservation du musée Cernuschi poursuit son exploration des principales techniques de lart chinois. Après Pierres dimmortalité. Jades chinois de lAsian Art Museum of San Francisco. The Avery Brundage collection en 1997 et Rites et Festins de la Chine antique. Bronzes du musée de Shanghai en 1998, la céramique, domaine majeur sil en est, est aujourdhui à lhonneur - et dune manière superlative - par la présentation dune partie de la collection Meiyintang. Cet ensemble, patiemment constitué depuis cinquante ans par une famille damateurs au goût exceptionnel, obéit aux trois critères qui guident le choix du vrai collectionneur de céramiques : perfection de la technique, pureté de la forme et beauté des surfaces et des décors. Déjà en 1994, le public européen avait pu admirer au British Museum un large panorama de la collection Meiyintang. Loptique à Paris se devait dêtre différente. Il a semblé plus judicieux de concentrer lintérêt sur la production protéiforme du VIe au XIVe siècle, âge dor de la céramique chinoise. La centaine de pièces présentée au public parisien permet dappréhender cette période par un ensemble apparemment insurpassable. Que les amateurs qui nous ont prêté cette collection particulièrement rare trouvent ici lexpression de notre profonde gratitude. Madame Regina Krahl a déjà publié une magnifique monographie de la collection Meiyintang. Cette remarquable sinologue, héritière de la prestigieuse tradition britannique, se devait dêtre lauteur du présent catalogue. Par une heureuse conjoncture, cette manifestation correspond à la création de la Société française dEtude de la Céramique orientale, Oriental Ceramic Society of France, association de loi de 1901 qui aura son siège au Musée Cernuschi. En liaison avec les quatorze autres sociétés détudes de la céramique orientale de par le monde, elle participera au rayonnement international des musées de la Ville de Paris.
Gilles Béguin
Présentation de l'exposition En Chine, les arts de la terre et du feu ont toujours reçu une attention particulière. Par ses innovations et son extrême qualité, la céramique constitue l'une des techniques emblématiques de l'Empire du milieu. La collection Meiyintang est l'un des plus beaux ensembles de céramiques chinoises actuellement en mains privées. Elle a été patiemment constituée, durant près de cinquante ans, par des amateurs européens passionnés. Elle contient des uvres d'une extrême qualité, souvent rarissimes. Cette exposition, qui présente une sélection de 99 pièces de la dynastie des Sui (581-618) au début de l'époque des Yuan (1279-1368), met en lumière l'évolution des matériaux et des techniques au cours de ces sept siècles, période d'apogée de l'art de la céramique en Extrême-Orient. Une lente évolution va ainsi conduire les potiers à expérimenter des terres toujours plus denses et pures, cuites à des températures de plus en plus élevées (grès, protoporcelaine et porcelaine). Cette évolution n'est pas uniforme mais présente une modulation apparemment infinie de procédés en fonction des régions. De nombreux fours présentent en effet une production variée, universellement appréciée cependant par le dépouillement souverain de ses formes et la beauté de ses épidermes. A la création de céramiques funéraires à glaçures polychromes sous les Tang (618-907) répond l'extrême sobriété et l'éclat raffiné des grès de la période Song (960-1279). Ces céladons de Longquan et les porcelaines blanc-bleuté diaphanes de Jingdezhen séduisent par leur incomparable finesse. Pour beaucoup, ces uvres raffinées constitueront une découverte, née du rapport alléatoire et maîtrisé tout à la fois entre la main du potier et les mystères du feu.
Matériaux et techniques La tradition de la céramique chinoise est lune des plus variées et des plus fécondes. Elle repose sur lexploration des possibilités offertes par largile et la maîtrise précoce des fours et des cycles de cuisson. Les argiles sont en partie issues de la désagrégation du feldspath contenu dans des roches telles que le granit. Il devient ainsi de la kaolinite, formée dalumine et de silice, lun de leurs principaux composants. La plus pure des argiles est le kaolin, essentiel à la formation de la porcelaine. Largile se rencontre en dépôts sédimentaires dont la teneur en impuretés varie suivant leur distance par rapport à la roche mère et la qualité du filtrage quils ont subit. Ce facteur joue un rôle déterminant dans la qualité et la couleur de la pâte ainsi que la température de cuisson. Au nord du Fleuve jaune les argiles sont généralement moins pures quau sud, région drainée par un important réseau hydrographique. Une fois extraite, largile est décantée dans plusieurs bains deau successifs, puis piétinée (marchage) afin den extraire les bulles dair susceptibles de provoquer des accidents de cuisson. Parfois, en particulier dans le cas de la porcelaine, on laisse largile maturer (pourrissage) afin dobtenir une pâte plus homogène. La plupart des pièces présentées ont été façonnées par tournage, technique mise au point en Chine dès le IVe millénaire av. J.-C. Un autre procédé consiste à associer moulage et tournage. Certains éléments décoratifs ont été modelés ou moulés séparément puis appliqués (les yeux, les feuilles, les tiges notamment). La composition de largile et la température de cuisson déterminent trois grandes catégories de céramique. Les terres cuites de qualité sont obtenues à température moyenne (environ 1000 C°). Le corps tendre reste poreux et se raye facilement. Aux alentours de 1200 C°, on obtient le grès, imperméable et dure mais auquel les impuretés donnent une coloration allant du blanc crème au brun violacé. En Chine, cest ce dernier critère qui permet aux spécialistes occidentaux de le distinguer de la véritable porcelaine, à la pâte parfaitement blanche et généralement plus vitrifiée (la température peut monter jusquà 1350 C°). Les Chinois nutilisent quun seul terme ci pour les deux matériaux. Les porcelaines de Jingdezhen sont composées de kaolin, argile peu plastique et nécessitant une température de cuisson trop élevée, et de pierre à porcelaine ou pétuntsé (baidunzi), plastique et très fusible. Ces deux matériaux sont intimement mêlés dans les dépôts utilisés jusque sous lère Wanli (1573-1620). La pâte est le plus souvent enduite dun revêtement brillant quil soit de petit feu (glaçure) ou de grand feu (couverte). Sa température de vitrification est abaissée par la présence dun fondant, généralement de loxyde de plomb pour les glaçures et de loxyde de calcium pour les couvertes. Sous ce revêtement le décor peut être incisé, gravé ou peint. Certains décors sur couverte le mettent également à profit sous forme de tachetures, déclaboussures ou de motifs peints. |
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